Il ne fait pas bon s’attaquer à quelqu’un qui a une excellente réputation.
Aurait-elle parlé si elle avait su ? Sans doute. Mais qu’importe ! Jamais elle n’aurait imaginé tout cela.
L’incrédulité tout d’abord. Les yeux en points d’interrogation, les murmures. « Tu sais ce qu’elle a raconté à la police ? C’est incroyable n’est-ce-pas ? » « Je ne comprends pas ce qui lui a pris. » « Jalousie ? Je ne peux pas croire qu’elle ait pu… Tu penses qu’ils avaient une liaison ? » « Une jeune femme si sérieuse, si digne… A qui faire confiance de nos jours ? »
Puis ce fut une sorte de sourde hostilité, qui se levait à chaque fois qu’elle poussait la porte de la petite salle, et restait suspendue dans l’air, presque palpable, comme un parfum trop lourd. Le silence brusque qui suivait son entrée, les regards qui convergeaient immanquablement vers elle, la terrorisaient. Mais elle avançait bravement, la tête baissée, sans ciller. D’incrédules, les regards se firent bientôt venimeux ; les murmures reprirent, puis s’amplifièrent, en sa présence. Plus de gêne : les plus méprisants parlaient à découvert, manifestaient ouvertement leur indignation. Enfin vinrent les calomnies et les insultes.
Tous ne se montraient pas aussi franchement hostiles, cependant. Il y avait ceux qui lui jetaient des coups d’œil navrés, essayaient parfois de la réconforter tant bien que mal, conscients du poids insupportable du silence et des regards, plus douloureux que les insultes ; mais bien souvent, désolés, indécis, ils ne savaient trop que dire ou que faire.
Il y avait ceux qui cherchaient à comprendre, mais qui partaient du point de vue qu’elle avait raconté des mensonges. Elle ne répondait plus. A quoi bon clamer sa bonne foi ? Elle l’avait tenté à maintes reprises, au début. En vain.
Il y avait ceux encore qui la croyaient sincèrement fabulatrice, et se taisaient, dans un silence lourd de reproches, et détournaient à présent la tête en la voyant arriver, marquant ainsi leur réprobation. Tous ceux-là n’étaient pas de méchantes gens ; mais personne ne la défendait, ou n’osait douter à voix haute.
Et puis il y avait ceux qui l’humiliaient par plaisir d’humilier, de faire mal à son prochain. Curieusement, certains lui avaient toujours donné l’impression d’être de charmantes personnes. Enfin jusqu’à ce jour-là.
Il était intouchable. Avait-elle fait preuve de naïveté, en parlant ? Fallait-il s’attirer toutes ces inimitiés, pour rien ? Elle n’aurait su dire. Pourtant, de l’avoir dit, elle se sentait étrangement plus en paix.
Le bruit se répandit comme une trainée de poudre. « Tu te rappelles de… ? Non ? Celle qui est partie, il y a déjà plus d’un an de cela. Ce qu’elle est devenue ? Non, je ne sais pas… Eh bien, figure-toi qu’elle avait dit la vérité ! Si si ! Une autre a porté plainte, avec des preuves cette fois-ci…» « Je ne peux pas le croire… » « Un homme si bien, si courtois, si élégant… Qui aurait dit ? Combien de femmes penses-tu qu’il a… ? » « Mais à qui peut-on faire confiance, de nos jours ? »

Je trouve que les sentiments et les points de vue que tu as évoqués sont très pertinents à la situation. On se croirait là. Bravo !
Comment par zithren — janvier 24, 2008 @ 6:29 |